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LA CARTE N'EST PAS LE TERRITOIRE

Sybille Kylovsky Philosophie

Je ramasse des feuilles de chênes dans la forêt pour amender mon potager. Oui je fais un potager qui fourni une partie non négligeable de ma nourriture. Je vous conseille vivement de faire de même. Pour un tas de raisons. Je trimballe donc mes deux gros sacs, bien alourdit par le contenu de feuilles encore humides. A un moment, sur le chemin, une des anses du sac gauche échappe à mes doigts, le sac se verse sur le coté et perd une partie de son contenu. Je ramasse en pestant et reprend ma route. Le lendemain, de nouveau sur le chemin avec mes deux sac remplis -ouais ça demande beaucoup d'amendement un potager- passant au même endroit une des anses du sac de gauche m'échappe à nouveau des doigts, le sac renverse à nouveau une partie de son contenu au même endroit !

Là, mon imagination démarre au quart de tour. J'ai beaucoup d'imagination. La réalité essaie de me dire quelque chose ! Ce ne peut-être un coincidence ! Quel message tente t'on de m'envoyer ? Et qui ? Pourquoi moi ? Suis-je l'élue ?

Bon, pas à ce point là, mais faut bien vous tenir en haleine.

Au même endroit.

C'est quoi un même endroit ?

A vrai dire le contenu du deuxième sac est tombé à environ vingt centimètres du premier impact. Vingt centimètre ça ne fait pas beaucoup, mais ça commence où un même endroit ? à dix centimètres, vingt, un mètre, dix, cent vingt milliard d'années lumière ?

Lorsque l'endroit est délimité par la surface chaotique d'une quarantaines de feuilles, doit-on chercher le centre ou prendre en compte la périphérie pour estimer l'endroit ?

Au choix ! Parce qu'un "endroit" est une convention et une description arbitraire de quelque chose qui n'existe pas ! Le "même endroit" est une autre convention se plaquant sur la première.

Suivant le choix de cette convention, si le sac avait versé son contenu cinquante mètres plus loin, je pourrais tirer des conclusions et hypothèses tout aussi farfelues que j'ai évoqué plus haut.

Nous passons notre existence à plaquer des conventions bizarres sur la réalité pour donner un sens qui nous convienne à cette dernière. Ce faisant nous nous coupons d'elle et nous immergeons dans un monde qui n'est qu'un délire plus ou moins raisonné.

Nous nous perdons activement !

Autre exemple de cette décorrélation, Si pendant le repas de Noël vous demandez à votre beau frère quelle est le périmètre de la France, celui-ci va s'empresser de se servir de son smartphone et de fièrement s'exclamer après un peu de recherche; 6397 Km !

Mais comment à été obtenu ce résultat ? Jusqu'a quel niveau de détail a t-on respecté le relief des côtes ? Le kilomètre ? Le mètre ? Le centimètre ? Parce que plus on descend dans le détail et plus le périmètre de la France s'agrandit ! Et en vérité si on descend au niveau atomique on s'aperçoit qu'il est infini !

Bon, c'est un super moyen d'épater votre beau frère à noël, mais cela signifie encore que nous plaquons sur la réalité des conventions étranges. Dans la réalité le périmètre de la France est une conception qui n'a pas le moindre sens !

La carte que nous dessinons de la réalité n'est pas le territoire comme le disait Alfred Korzybski.

Pouvons nous, devrions nous chercher à nous passer de ce genre de carte pour explorer et vivre le monde ?

Vertige !

 

(Cet article à été rédigé par un être humain)!

Infographie: Franck Pitarch